Interview d’Hélène Built, déjà 10 ans de télétravail

30 mar Interview d’Hélène Built, déjà 10 ans de télétravail

Portrait d'une femme qui télétravaille depuis 10 ans

En quelques mots, pouvez-vous vous présenter et présenter votre situation de travail ?

Je travaille depuis 15 ans en tant que Responsable financière avant-vente dans une équipe Européenne qui répond aux appels d’offre avec le soutien des commerciaux. A chaque appel d’offre, nous créons une équipe d’experts qui est composée de collaborateurs se trouvant dans différents pays.

Ma société est une entreprise SSII. Le siège est aux Etats Unis et nous sommes présents dans la plupart des pays.

Ma situation de travail est la suivante, je travaille depuis mon domicile, avec un contrat à 80%. Il m’arrive cependant d’être en déplacement à Bruxelles, Budapest ou encore à Paris pour des réunions d’équipe. Mes déplacements correspondent à 30% de mon temps de travail environ.

Dans notre société une part importante de l’effectif travaille à distance.

Je suis en télétravail depuis maintenant 10 ans, j’ai auparavant travaillé pendant 5 ans dans les bureaux de la société à Amsterdam. J’ai demandé à changer de situation et revenir sur la métropole lilloise pour des raisons personnelles et familiales.

Il est important selon moi, de ne pas débuter un poste directement en télétravail pour plusieurs raisons :

– De s’imprégner de la culture d’entreprise,
– De faire connaissance avec ses collègues et sa hiérarchie
– De confirmer ses compétences

Comment s’organise une équipe dont l’ensemble des collaborateurs sont à distance ?

L’équipe se réunit au début du projet pour analyser le dossier, vérifier les domaines d’expertises de chacun, définir et valider les objectifs. Et nous nous retrouvons en fin de dossier pour les approbations en interne et la remise du dossier au commercial. Un projet dure environ 3 mois. Pendant la durée totale du projet, nous communiquons par téléphone et par mail. Nous faisons un point journalier entre nous et hebdomadaire avec la direction. Nous disposons également d’un outil de « messages instantanés ». Pour ma part, je suis rarement connectée sauf lorsque j’ai besoin de demander un renseignement urgent à mes collègues.

Pour une bonne gestion du travail en équipe, il est important de faire part des disponibilités de chacun. En effet, le télétravail apporte de la flexibilité mais il ne faut pas que ce soit au détriment du travail.

Quelle est votre relation avec votre responsable hiérarchique en étant en télétravail ?

Notre relation est aujourd’hui basée sur une grande confiance. Au début, j’ai eu le sentiment de devoir faire mes preuves. J’ai du mériter la confiance de mon responsable.
Au tout début, lorsque je faisais une pause, mon téléphone était toujours près de moi de peur qu’on me reproche de ne pas être la.
Heureusement aujourd’hui il n’est plus question d’agir comme cela. La relation de confiance est largement instaurée. Mes horaires sont flexibles, je travaille en mode projet, par conséquent, tant que les objectifs sont atteints pour telle date, que le dossier est bouclé, il n’y a pas de problème.

Vous dites remarquer une différence culturelle quant au sujet du télétravail ?

Oui en effet, mes responsables N+1 et N+2 ne sont pas français. Ils travaillent de chez eux également et sont fréquemment en déplacement. Notre collaboration se passe bien. Les directeurs français sont beaucoup moins friands du télétravail. En théorie, ils valident le fait qu’un collaborateur puisse travailler à distance car c’est pratique courante chez nous mais en réalité, ils ne facilitent pas les choses.

Avez-vous signé un avenant à votre contrat ?

J’ai signé un avenant depuis 2-3 ans seulement. Avant le travail à distance était pratiqué de manière informelle. L’avenant a été mis en place pour des raisons d’assurance et de remboursement de déplacement. L’avenant prévoit notamment une compensation financière, pour les frais d’électricité, chauffage…. Je ne sais pas si je m’y retrouve financièrement, je n’ai jamais fait le calcul.

Ressentez-vous des moments d’isolement en étant quasiment 100% à votre domicile ?

Le plus difficile pour moi a été au retour de mes congés maternités. (Période où les femmes sont relativement isolées). Je suis dans une société américaine, dans laquelle les réorganisations étaient fréquentes, par conséquent après des mois d’absence je ne connaissais plus mon équipe. Mon retour aurait certainement été plus facile si nous étions tous au bureau.

Aujourd’hui lorsque je me sens isolée, lorsque la relation devient trop virtuelle, je vais dans les bureaux de Bruxelles pour y travailler, échanger et rencontrer des collègues.

Comment qualifierez-vous votre expérience du télétravail ?

Mon expérience est très positive. Aujourd’hui je ne ressens plus de sentiment d’isolement.

J’ai eu la chance de travailler dans une entreprise étrangère, ouverte à ce niveau-là. Il faut réussir à faire évoluer les mentalités, la culture française n’est malheureusement pas la plus adaptée à la mise en place du télétravail. En effet, les responsables sont méfiants.
La possibilité de travailler depuis mon domicile m’a apporté une plus grande sérénité et une meilleure qualité de travail. Je suis plus productive. Je peux me permettre de terminer à 17 heures et si nécessaire reprendre plus tard. Je m’épanouis dans ma vie professionnelle, tout en préservant ma vie privée ; le télétravail me permet d’accommoder cela parfaitement.

Quelles sont selon vous les conditions de réussite du travail distant ?

– La discipline que s’impose le télétravailleur pour bien séparer sa vie privée et professionnelle. (Dans l’idéal, il faut y consacrer une pièce distincte). Il faut aussi faire accepter à son entourage, le fait de travailler chez soi.
– La confiance entre le collaborateur et son responsable hiérarchique
– La relation de gagnant-gagnant (collaborateur/entreprise)

L’équipe Flexineo remercie Madame Built pour ce témoignage !